Des fleurs pour Algernon
[Keyes, Daniel]
Après la musique, un peu de lecture... Je vais revenir sur l'un des rares bouquins ayant traîné dernièrement dans le bloc Now reading ci-à gauche qui m'ait réellement marqué.
J'ai pas mal lu dernièrement entre le long week-end de Pâques et mon mal de dos. Comme toujours, il y eu des bonnes et moins bonnes surprises mais rétrospectivement Des fleurs pour Algernon est le seul qui m'ait littéralement pris aux tripes. En quelques mots, c'est l'histoire d'une expérimentation scientifique visant à rendre 'plus intelligent'. C'est un texte relativement court, rédigé comme un journal et du point de vue du cobaye. On suit sa progression intellectuelle non seulement à travers les faits relatés mais aussi à travers l'évolution de son orthographe, des constructions grammaticales et du vocabulaire employé. C'est peut-être ce mode de narration qui le rend si fort.
La trame est classique voire convenue et le quatrième de couverture en donne malheureusement toutes les ficelles. L'intérêt réside ailleurs : cette histoire simple nous pousse à la réflexion sur nous même, sur la société, sur la science. En effet, un peu comme dans un autre livre lu récemment Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon, on se retrouve forcé à voir le monde comme une personne handicapée - un monde que l'on juge vite décalé, cruel. Dans ce livre, c'est encore plus net car Charlie peu à peu découvre et devient conscient de comment les autres le traite et en conçoit une profonde amertume. La chute en devient encore plus pénible : imaginez que vous perdiez progressivement et consciemment l'usage de votre vue, cerveau, etc... C'est inhumain ! L'attitude mesquine des savants en charge en est davantage ignoble : eux qui ont absolument voulu une expérimentation humaine pour leur gloire et pour respecter la date de remise de leurs conclusions.
Bref, c'est un livre à lire, ne serait-ce parce qu'il permet de se poser de bonnes questions et de nous mettre en face de notre mauvaise conscience. Il permet également de mesurer, assez égoïstement, quelque peu tout ce que l'on pourrait perdre (cela m’a rappelé un peu ma réaction quand toute petite j'avais vu Michel Strogoff à la télé et avait été épouvantée/choquée par l'épisode où on lui ôte la vue).
Nel.
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